Maison individuelle labellisée PASSIVHAUS.
Maîtrise d’ouvrage : privée
B.E. thermique: Fiabitat
SHON : 125 m2
Montant de travaux : 118 000 Euros HT
Livraison septembre 2010
Le passif, un autre chemin vers l’architecture
Mr et Mme H. habitent une maison traditionnelle à Saffré, qu’ils ont fait construire mais n’ont pas eu le sentiment de choisir. Ils veulent changer pour un lieu de vie qui leur ressemble, et se documentent longuement sur les maisons passives et les maisons d’architecte à petit budget. Quand ils trouvent un terrain dans un lotissement de Treillères au Nord de Nantes, ils sont décidés à construire une maison passive, avec le budget d’une maison traditionnelle. Les délais sont serrés et c’est notre première maison passive, mais nous pouvons compter sur des clients déjà bien informés, et sommes sensibles au défi : le projet est quasiment un manifeste pour une maison passive accessible à tous.

Au-delà du renouvelable, l’énergie la moins chère dans une construction passive est celle qui n’est pas consommée. Atteindre cet objectif suppose de créer un espace parfaitement isolé, étanche à l’extérieur. Nous proposons de redonner à la maison une relation à l’extérieur grâce à un second espace habitable, plus perméable : un grand volume transparent qui enveloppe la maison comme une boîte dans une autre et s’agrandit au sud. Les espaces bien isolés peuvent s’étendre en fonction des saisons à ce jardin d’hiver simplement couvert, où la température varie cette fois en fonction du dehors. La maison en se dédoublant retrouve une continuité avec l’extérieur en même temps qu’elle s’enrichit de nouveaux usages.
Le budget nous oblige à changer de scénario : il ne permet pas d’avoir à la fois l’espace supplémentaire et la performance thermique passive. Les clients choisissent de se concentrer sur l’objectif passif. Avec son enveloppe la maison perd un confort d’usage et une part de ses qualités architecturales, elle devient un volume très simple, un espace « ordinaire » qui oriente notre intervention sur les détails et sur les mises en œuvres techniques.
Nous étudions les matériaux et les vitrages pour résoudre la question de l’étanchéité à l’air, et le bureau d’études thermique Fiabitat nous accompagne dans le calcul des valeurs thermiques, l’apprentissage des complexes d’isolants et de la ventilation double-flux. Nous explorons aussi les règlementations françaises et allemandes, chacune fondée sur une conception différente de la construction mise en œuvre. Les clients choisissent de mener de front les deux objectifs de labellisation français et allemand, mais le budget et la cohérence de la construction conduisent à finalement privilégier le label allemand, non reconnu en France mais plus exigeant thermiquement (les 115m2 habitables sont sans chauffage). Cette confrontation des réglementations ainsi que le peu d’expérience de la majorité des entreprises dans ce type de construction crée un contexte de travail inédit, où les réponses techniques s’inventent au fur et à mesure, où chacun se forme dans un dialogue et un échange de savoir-faire constants. Les deux entreprises qualifiées pour la construction passive (HAPCO pour la ventilation double-flux, JM Bonnaud pour l’étanchéité à l’air) sont motrices pour le projet et l’ensemble des intervenants.
La priorité donnée à la performance thermique contraint également Mr et Mme H. à d’autres choix budgétaires : ils acceptent des matériaux qu’ils n’auraient pas forcément choisis, tel le bardage de polycarbonate ondulé opalin ou la finition brute des sols. De ces « non-choix » architecturaux naît un projet relativement radical dans cet environnement : un petit ovni opalescent au milieu des pavillons années 80 du lotissement de Treillères. L’architecture « évacuée » par les exigences thermiques revient questionner le voisinage : dès lors qu’il ne s’agit plus de goûts subjectifs mais de choix constructifs et budgétaires, les matériaux et plus généralement l’ « esthétique » de la maison sont perçus différemment. Le passif devient ainsi pour les Houssin comme pour leurs voisins le moteur d’un déplacement vis-à-vis des questions esthétiques, désamorçant là un des obstacles à l’envie d’architecture.




