Maîtrise d’ouvrage : privée
SHON : 106 m2
Montant de travaux : 89 000 Euros HT
Livraison en cours
La maison économique n’est pas une maison comme les autres
Mlle et Mr M. viennent d’acquérir un beau terrain à St-Jean-de-Boiseau, rue du bac, sur les coteaux de la Loire. Ils ont un budget de travaux de 89 000€ HT, avec lequel ils souhaitent construire une maison de 106m2. Ils savent qu’un tel défi économique suppose des choix constructifs, et la prise en charge en auto construction d’une importante partie de travaux. Mais leur budget exige d’ajuster encore leurs envies, notamment d’abandonner l’idée d’une maison sur deux niveaux. Les premières esquisses montrent qu’une réduction de 10m2 de la surface envisagée permettrait de réaliser la maison dans de bonnes conditions, mais le couple n’est pas convaincu et préfère garder l’objectif initial. Nous acceptons de nous engager dans ce défi, sous réserve qu’ils mesurent ses conséquences : des matériaux et des types de finitions sans doute plus atypiques, et plus généralement une capacité de leur part à coopérer avec toute l’équipe constructive dans la recherche des solutions les plus économiques.

En l’absence de marge budgétaire, c’est en effet cette dimension coopérative qui fait la différence. Elle est intégrée dès l’esquisse : la maison est dessinée avec le charpentier d’un projet précédent de l’agence, ajustée à ses prix et au savoir-faire constructif acquis avec lui. Le terrain est une bande paysagère qui grimpe depuis la rue, encadrée d’habitations de chaque côté. En hauteur elle offre un beau point de vue sur la vallée mais elle n’est constructible que sur sa partie basse, ce qui contrarie une installation face à la Loire.
Nous décidons avec le charpentier d’implanter la maison dans le sens de la parcelle, perpendiculairement à la rue. Le volume orienté est-ouest prend la forme d’un simple parallélépipède posé de plain pied sur le jardin, et surélevé sur pilotis à l’entrée du terrain. Une rampe rejoint la maison depuis la rue et le stationnement se fait sous les pilotis.


A l’intérieur les pièces de vie commune sont orientées sud, de plain pied sur le jardin et très ouvertes sur l’extérieur, les chambres occupent la partie nord, petite « cabane » sur pilotis propice à l’espace intime. L’ouverture des pièces vers l’ouest est assurée par un couloir qui se dimensionne au gré des espaces : à la jonction des pièces de vie il s’élargit pour permettre les croisements et l’aménagement d’un bureau, et se rétrécit vers les chambres qu’il éclaire d’une large baie vitrée avec vues latérales vers la Loire. Plus qu’un simple espace de circulation, il assure le partage de la lumière et des vues entre toutes les pièces de la maison et module différemment l’espace.

Le projet nécessite d’importants terrassements qui font de l’entreprise de maçonnerie un élément stratégique : son dépôt de bilan dès le début du chantier est une première mise à l’épreuve de la coopération qui a permis la conception du projet. A ce stade il n’est plus possible de changer de projet et de budget : il faut trouver un maçon qui fasse la même chose au même prix, c’est-à-dire qui fasse des efforts. Le nouveau maçon est trouvé mais le planning mis au point avec les entreprises se décale et entraine une seconde défection, celle du charpentier. La maison étant conçue en fonction de ses prix, la capacité à s’adapter et à coopérer du nouveau charpentier est encore plus déterminante. Les nouveaux interlocuteurs sont trouvés et le chantier repart avec plus de 6 mois de retard, sans que les clients ne perçoivent vraiment l’importance des efforts fournis par l’équipe constructive. Oubliant qu’une maison économique ne se construit pas comme les autres, ils deviennent à leur tour un frein au projet qu’ils menacent d’arrêter à chaque nouvelle question. Considérant exclusivement la dimension budgétaire ils ne se posent pas en co-constructeurs mais en clients d’une prestation. En se désolidarisant de l’effort commun de l’équipe constructive, ils laissent au final la maison se fabriquer sans eux, et nous conduisent à réviser nos positions : le budget seul ne fait pas la maison économique, il faut aussi un esprit coopératif qui n’est pas accessible à tout le monde.

